"La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s'évader. Un système d'esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l'amour de leur servitude."
Citation attribuée à Aldous HUXLEY (1894-1963)
La "crise" de la Covid19 a mis en lumière, si c'était encore nécessaire, la volonté de diriger l'Union européenne non pas vers un modèle d'équité, de démocratie et d'union sociale mais vers un modèle ultra-libéral poussé à l'extrême.
Dans ce modèle, le "secret des affaires" prime sur la notion de transparence démocratique, par exemple.
Il est de plus en plus évident que de puissants lobbies font pression pour imposer leur vision néolibérale de l'Union européenne:
Les services publics, tels que l'éducation, la santé et les transports en commun, sont des biens qui sont censés être accessibles à tous, quel que soit notre origine, notre niveau socio-culturel, nos revenus.
La privatisation des services publics, lorsqu'ils deviennent des produits commerciaux, soumis aux lois du marché, peut conduire à des inégalités d'accès, mais ce n'est pas la plus inquiétante des dérives possibles.
Le principal problème de la privatisation des services publics, c'est la perte de contrôle démocratique sur ces services.
Lorsqu'un service public est géré par une entreprise privée, les décisions concernant son fonctionnement sont prises par des acteurs privés, qui sont motivées avant tout par le profit.
Ces acteurs ne sont ni élus, ni tenus pour responsables des conséquences de leurs décisions devant les citoyens.
Cette fragmentation des responsabilités, associée à l'opacité et à l'absence de reddition de compte à des conséquences négatives sur la démocratie.
En outre, en raison de son accent sur les intérêts individuels et le libre marché, la vision néolibérale entraîne une perte de solidarité et de coopération entre les membres de la communauté et conduit à une approche utilitariste de la politique, c'est-à-dire des politiques publiques fournies principalement en fonction de leur capacité à maximiser la richesse ou la croissance économique, plutôt qu'en fonction de leur contribution à la justice sociale.
Pour faire accepter ce modèle de société à la population, il faut la convaincre de ses bienfaits en jouant, notamment, avec la langue.
La prise de contrôle du langage est une méthode utilisée pour instaurer une dictature parfaite, comme l'a souligné Georges Orwell dans son livre visionnaire 1984.
Le héros de l'histoire est chargé de modifier le langage afin de ne conserver que des termes positifs.
En effet, chaque langue a un impact sur la perception du monde par ses utilisateurs. Les mots permettent de nommer, de distinguer, de classer et de comprendre le monde, mais aussi de le modifier, de prendre le pouvoir, d'exclure ou de lancer des propagandes.
Nos dirigeants sont conscients de l'impact des mots qu'ils utilisent: ce sont des armes pour faire des promesses, des injonctions, des pseudo-vérités et pour imposer leurs visions délirantes de la société, parfois en utilisant une éthique douteuse.
Ils savent qu'il est important pour eux de contrôler le langage, pour mieux nous contrôler.
Dans ce contexte, le remplacement d'un mot par un autre permet de véhiculer une vision du monde différente.
L'utilisation de la novlangue pour faire disparaître, comme dans le roman 1984, toute trace de mots négatifs, a commencé il y a plus de trente ans.
Nous avons vu apparaître dans notre langage quotidien des mots comme "technicienne de surface" pour "femme de ménage", "hôtesse de caisse" pour "caissière", "non voyant" pour "aveugle", par exemple.
Et nous n'y avons pas pris garde, pensant naïvement revaloriser une fonction ou un handicap en changeant simplement les mots.
Mais les mots ont un sens.
Lorsqu'on réduit la problématique de l'aveugle à la "non voyance", on technicise son handicape, on le réduit à la vue.
Alors que le terme aveugle porte en lui toutes les conséquences du handicap, allant des problématiques sociales, en passant par les pathologies connexes come les troubles du sommeil à cause de la perturbation de production de mélatonine.
Parler d'aveugle nécessite de penser une politique globale de prise en charge du handicap.
Parler de "non voyant" permet de se contenter de mettre en place des politiques qui résolvent vaille que vaille le problème de vue en mettant de côté tout le reste.
Le fait de n'utiliser qu'un vocabulaire positif annihile l'action citoyenne par plusieurs mécanismes.
En ne nommant pas les problèmes ou les difficultés de manière précise et directe, on peut avoir tendance à les sous-estimer ou à les ignorer.
Ainsi, en juin 2022, le Ministre de la Santé, Franck Vandenbroucke (Vooruit), a réussi à faire voter plusieurs amendements à une loi appelée "Loi sur la qualité des soins".
Or, tous les amendements proposés et votés ont, en réalité, pour objectif un plus grand contrôle de la parole et de la pratique des soignants et la mise en place de moyens de coercition.
Evidemment, personne ne s'est méfié de modifications d'une loi portant sur "la qualité des soins". En ne nommant pas les choses de manière précise, les autorités parviennent également à nous faire perdre de vue leurs objectifs réels.
Ainsi, ce 17 février 2023, le Conseil Supérieur de la Justice a rendu un avis sur un projet de loi porté par le Ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open VLD) et intitulé " Projet de loi visant à rendre la Justice plus humaine, plus rapide et plus ferme".
Dans ce projet de loi, une nouvelle peine est prévue, à savoir "l'interdiction judiciaire de participer à un rassemblement revendicatif".
Autrement dit, ce projet de loi prévoit de supprimer pas moins de trois droits fondamentaux: la liberté d'expression, la liberté de se réunir et la liberté de manifester.
Gageons que quiconque, personne ou association, s'élevant contre ce projet de loi sera taxé de complotisme d'extrême droite car il est difficile pour l'esprit humain d'accepter qu'on puisse s'opposer à un projet qui vise à rendre la justice plus humaine.
Pourtant, l'objectif réel est bien de limiter les droits fondamentaux à certaines catégories de personnes, en toute légalité.
N'hésitez pas à faire connaître votre avis concernant ce projet de loi auprès du gouvernement et des députés de la Commission Justice (adresses mails, voir section "boite à outils"):
*En rappelant que l'avis du Conseil Supérieur de la Justice est un avis provisoire et non exhaustif car il devait être rendu dans un délais particulièrement court.
*En soulignant que l'objectif de rendre la Justice plus rapide est louable mais ne peut être poursuivi en limitant les temps d'expertise mais plutôt en finançant correctement le secteur judiciaire.
*En insistant sur l'importance des droits fondamentaux comme la liberté de manifester, de se réunir, la liberté d'expression et sur le fait que la peine prévue est incompatible avec l'article 10 de la Convention européenne des droits humains qui garantir le droit à la liberté d'expression.
Lire l'avis du Conseil Supérieur de la Justice.